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    Du zoo de Vincennes au Parc zoologique de Paris, un glissement de perspective

    Du zoo de Vincennes au Parc zoologique de Paris, un glissement de perspectiveLe Parc zoologique de Paris a ouvert ses portes le 12 avril dernier, après une longue période de dormance (six années de fermeture, dont trois ans de travaux). Après quatre-vingts ans d’omni-présence, la peau grise du « tout-rocher » de l’ex-zoo de Vincennes a fini par se fendiller et éclater sous la pression du temps, mais pas seulement…  Le craquèlement de son épiderme, la dislocation de sa matière ainsi que l’effritement d’une certaine vision de l’animal ont poussé l’ancien zoo de Vincennes à capituler pour laisser la place aux ambitions neuves d’un parc zoologique impatient de sortir de terre.

    Oscillant entre rupture et continuité, le nouveau Parc zoologique a choisi de reprendre le nom originel du zoo de Vincennes (parc zoologique de Vincennes) et d’en conserver l’élément emblématique, à savoir le Grand Rocher. Ce dernier a en effet été conçu dès l’origine (1934) comme l’élément fondateur, ou encore comme le coeur imprimant sa pulsation vitale à toutes les ramifications du zoo.

    Point culminant à 67 mètres, ce faux rocher constitué de béton semble déverser sa matière, telle une coulée de lave en fusion, sur l’ensemble du zoo pour en constituer le socle « géologique » fondamental : rochers, plateaux et fosses forment un ensemble topographique qui accueille et expose tout à la fois les animaux au regard des visiteurs, qu’ils soient à l’extérieur ou réfugiés dans leurs abris.

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    L’intérieur creux du rocher des Caprins, l’autre nom du Grand Rocher, fait office de réserve nourricière. Cette arcane concentre le fourrage des animaux stocké au sec ainsi qu’une réserve de 2100 mètres cubes d’eau en prévision des périodes de sécheresse.

    Mais surtout, l’intérieur du Grand Rocher recèle en son centre un double escalier hélicoïdal enveloppant un ascenseur (le plus rapide d’Europe en 1934 avec ses 3 mètres par seconde) permettant aux visiteurs d’accéder à une plate-forme située au sommet, leur offrant ainsi l’accès à un point de vue dominant les environs. Ils peuvent embrasser d’un seul regard l’ensemble des enclos du zoo et les animaux qui s’y trouvent. Exposer et dominer les animaux sont donc la perspective de l’époque, et la conception même du Grand Rocher témoigne de cette volonté de suprématie  qui habite alors l’homme.

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    La « mystique du rocher » imposée par Charles Letrosne lors de la création du zoo de Vincennes, en dépit de son caractère aride et factice, rejoint pourtant alors un courant européen novateur en matière de conception des zoos. Désormais les fauves, ours, rhinocéros, hippopotames ou éléphants ne sont plus découverts en cage ni regardés à travers des barreaux, mais semblent évoluer en liberté sur leurs plateaux entourés de fossés protecteurs. Appréhendés au milieu des rochers, les animaux semblent également se mouvoir dans un milieu plus naturel et sauvage.

    C’est précisément cette notion d’appréhension de l’animal dans son milieu naturel qui va retenir toute l’attention du nouveau Parc zoologique de Paris. Ce qui était autrefois ressenti par le visiteur comme un décor approprié parce que séduisant et couleur locale, se découvre être à présent un espace vital, une condition indispensable au bien-être des animaux. Adapté à son milieu, l’animal interagit avec les végétaux et les animaux qui l’entourent, et ses interactions sont des échanges vitaux. L’animal ne sera plus désormais exhibé de manière isolée et séparée, mais intégré dans son écosystème propre ou « biozone ».

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    Le Grand Rocher a perdu sa prépondérance dans le nouveau Parc zoologique. Conservant seulement son caractère de repère spatio-temporel, l’ancien rocher des Caprins  est intégré au sein des biozones Europe et Sahel-Soudan. D’un côté, des marabouts méditent à son pied, de l’autre,  la volière des Rapaces et une végétation alpine s’adossent contre lui, et enfin, une multiplicité de vivariums et terrariums le grignotent de l’intérieur. Divisé pour le moment en cinq biozones (Patagonie, Sahel-Soudan, Europe, Amazonie-Guyane et Madagascar), le Parc zoologique de Paris propose désormais au visiteur de s’immerger dans la biodiversité en appréhendant simultanément le règne animal et le règne végétal s’interpénétrant dans un écosystème donné reconstitué. Les animaux sont désormais indissociables des être vivants qu’ils rencontrent dans leur milieu naturel, et sont présentés ensemble dans la mesure du possible.

    L’exemple le plus spectaculaire et le plus abouti de cette nouvelle perspective est la Grande Serre tropicale. Immense bulle de verre de quatre mille mètres carrés sur seize mètres de haut, la Grande Serre est à n’en pas douter le nouveau coeur et la nouvelle respiration du parc zoologique urbain. Elle concentre en effet sous sa membrane transparente toutes les aspirations et ambitions du « zoo du XXI ème siècle ». « Immergé » dans la biodiversité humide de la Guyane, de l’Amazonie et de l’île de Madagascar, le visiteur est « invité » à connaître conjointement, au même titre que l’animal, les senteurs végétales, la chaleur et la moiteur de la luxuriante végétation tropicale, tout en rencontrant à portée de main, oiseaux, paresseux, petits primates, néphiles ou caméléons coévoluant en liberté sous le dôme de verre.

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    Du zoo de Vincennes au Parc zoologique de Paris, un glissement de perspectiveDu zoo de Vincennes au Parc zoologique de Paris, un glissement de perspective

    La concentration époustouflante d’espèces végétales tropicales au coeur de la Grande Serre, plus de 3000 espèces végétales dont 180 grands arbres pour une cinquantaine d’espèces animales (sur les 180 réparties sur l’ensemble du parc zoologique), a pour raison principale de respecter le bien-être de ces animaux en leur offrant la possibilité, comme dans la nature, d’interagir avec leur biotope… et d’être libre de s’y cacher en se soustrayant ainsi à la vue du visiteur.

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    Du Grand Rocher à la Grande Serre, un chemin a été parcouru. Ce qui nous apparaît comme un paradoxe dans un zoo, à savoir être au plus près de l’animal sans forcément le voir, n’en est pas un pour les enfants qui investissent joyeusement les lieux en période scolaire. Car là où un adulte ne voit que l’absence, l’enfant voit toujours une oreille pointer, un oeil briller ou une queue se balancer. Conserver son âme d’enfant en sachant adopter le point de vue de l’animal est la condition sine qua non pour découvrir et apprécier à sa juste valeur le Parc zoologique de Paris. Gageons également que le parc rayonnera  davantage encore lorsque la végétation des biozones extérieures aura grandi et que les consciences auront mûri.

    Du zoo de Vincennes au Parc zoologique de Paris, un glissement de perspective

     

    Source : Le Parc zoologique de Paris, des origines à la rénovation,  Muséum d’histoire naturelle, Somogy Edition d’Art, Parc zoologique de Paris

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