Catégories
Image de la semaine
Commentaires récents
    Archives (par date)

    L’oiseau bigarré de la canopée, un être de lisière

    L'oiseau bigarré de la canopée, un être de lisièreDepuis l’aube des temps, l’homme est fasciné par les oiseaux au point de rechercher leur compagnie et leur présence à ses côtés. Outre leur chant mélodieux ou, pour les perroquets, leur capacité à reproduire la voix humaine, ce sont avant tout leurs couleurs fabuleuses qui nous aimantent.

    Il semble en effet que nous soyons très sensibles à l’esthétique de leur plumage. Les oiseaux tropicaux possèdent des couleurs dont l’intensité et  l’aspect chatoyant viennent colorer et illuminer notre intérieur comme notre vie. En admirant ce déploiement de couleurs miroitantes, qui tranche si fortement sur le mur blanc de l’entrée, le carrelage de la cuisine ou le parquet du salon, on ne peut s’empêcher de dériver sur une rêverie et  se demander comment les parents sauvages de nos oiseaux font pour survivre et échapper aux prédateurs dans leur canopée originelle, en étant parés d’une livrée aussi étincelante.

    Malgré les apparences, nos oiseaux exotiques sont parfaitement adaptés à leur milieu premier, et l’évolution  a doté leur plumage d’une capacité de mimétisme qui leur permet de se fondre dans le paysage. Il suffit d’ailleurs pour m’en persuader d’observer mon Amazone à front blanc, perroquet  à dominante verte, qui malgré la présence de couleurs vives telles que le rouge, le blanc et le bleu, disparaît quasiment instantanément sur fond de verdure.

    Les oiseaux de la canopée déclinent de manière plurielle cet effet ton sur ton de leur plumage avec l’arrière-plan. BonL'oiseau bigarré de la canopée, un être de lisière nombre d’entre eux dévoilent dans leur plumage le principe de « l’ombre inversée », qui consiste à opposer un aspect ventral clair à un aspect dorsal foncé. Ainsi vu d’en bas, le ventre se confond avec la clarté du ciel, tandis que vus par le dessus, les contours du dos se dissolvent dans l’obscurité des profondeurs de la végétation luxuriante. Par ailleurs, la couleur du plumage des oiseaux tropicaux est rarement uniforme. Les différentes couleurs se juxtaposent les unes aux autres, parfois violemment, en « motifs disruptifs » (sous la forme de taches, traits ou points). Etonnamment, ce choc des couleurs est un camouflage dans la canopée. La mozaïque de couleurs vives ainsi obtenue concourt à morceler leur apparence et dissoudre leur unité en s’apparentant aux trouées de la lumière du soleil contrastant avec l’ombre du feuillage.

    Mais là n’est pas le plus surprenant. Les oiseaux de la canopée ne cherchent pas uniquement à se camoufler, ils doivent pouvoir être également visibles. Et comme pour le camouflage, il y va de la survie de leur espèce. Pour garder le contact avec leur groupe social ou pour attirer leur partenaire sexuel, les oiseaux doivent pouvoir communiquer visuellement. Le plumage des oiseaux doit donc remplir ces deux fonctions apparemment incompatibles.

    L'oiseau bigarré de la canopée, un être de lisière   L'oiseau bigarré de la canopée, un être de lisière

    Pour reprendre l’exemple de mon Amazone à front blanc, j’ai pu observer qu’à bonne distance, il était perçu comme un ensemble homogène d’un vert discret ne se détachant pas de la verdure environnante. C’est comme cela que le perçoit un prédateur, qui le repère à distance en survenant par l’arrière. En revanche, les lunettes rouges qui habillent ses yeux et les taches blanche et bleue qui ornent son front et sa tête sont destinées à être vues par ses congénères. Ces petites taches colorées sont visibles en effet à faible distance et de face. L’angle de vue du prédateur et du congénère n’étant pas le même, le plumage de l’oiseau va pouvoir concilier ses deux finalités en utilisant les jeux de la lumière ambiante.

    Certaines couleurs, comme le bleu (couleur structurale) ou le vert (combinaison de jaune pigmentaire et de bleu) sont iridescentes. Elles sont produites par réfléchissement de la lumière sur la nanostructure de la plume et varient en fonction de l’angle de vue. L’iridescence va ainsi permettre aux oiseaux d’offrir à leurs congénères le spectacle, par exemple, d’une gorge d’un vert clair brillant et lumineux tandis que sur les côtés ou de dos, la couleur perçue sera un vert-marron plus sombre et plus terne, idéale pour échapper au regard des prédateurs.

    L'oiseau bigarré de la canopée, un être de lisière

    Le vert des plumes est brillant et lumineux sur la poitrine, tandis qu’il est plus terne et discret sur les ailes.

    Enfin, la canopée est riche en ambiances lumineuses diverses (pourpre, bleutée, vert à vert-marron, jaune-orangée ou blanche), selon la manière dont la lumière la traverse. Pour augmenter ou au contraire atténuer leur visibilité, les oiseaux doivent se tenir à la lisière d’une zone éclairée et d’une zone ombragée  pour jouer avec le contraste. Par exemple, le Coq de roche mâle fait sa parade à la lisière des « petites ouvertures » et de « l’ombre de la forêt ». Le premier milieu correspondant aux trouées de soleil à travers le feuillage se trouve enrichi de jaune-orangé qui renforce ainsi la couleur rouge orangé du plumage du Coq de roche, et va contraster fortement avec l’ambiance verte de la lumière filtrée et réfléchie par la végétation de « l’ombre de la forêt ». Pour atténuer sa visibilité, le plumage de l’oiseau doit au contraire être pauvre en couleurs de la lumière ambiante, ce qui neutralise son éclat et diminue le contraste avec les couleurs de l’arrière-plan.

    L’aspect multicolore et parfois même bariolé du plumage de nos oiseaux exotiques n’est donc en rien le fruit du hasard, mais bien plutôt le résultat des pressions conjuguées de la sélection naturelle et de la sélection sexuelle. Fruit complexe d’une longue évolution, à la lisière du camouflage et de l’ostentation, fuyant le prédateur et recherchant le partenaire, entre ombre et lumière, l’oiseau bigarré qui se souvient de la canopée n’en est que plus mystérieux et désirable à nos yeux.

    L'oiseau bigarré de la canopée, un être de lisière

    Sources :

    « Espèces » n° 7, couleurs et motifs des plumages

    http://www.palais-decouverte.fr/

    http://www.photosnature.com/

    Laisser un commentaire

    Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

    Animogen 2015