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N’est pas paresseux qui veut

N'est pas paresseux qui veutAppartenant au super ordre des Xénarthres comme le fourmilier ou le tatou, le paresseux à trois doigts répondant au doux nom de bradype tridactyle est un mammifère d’Amérique tropicale pour le moins étrange et intrigant.

Suspendu perpétuellement à sa branche en position du « hamac », dans un immobilisme qui confine à la fossilisation, cet Edenté folivore (incisives et canines sont obsolètes quand on ne consomme que des feuilles) aux poils longs et pendants prenant souvent des allures verdâtres de lichens, semble se végétaliser au point de ne faire plus qu’un avec sa branche.

Envahie par les algues vertes, et infestée par une « vermine » composée d’acariens, de tiques, de coléoptères et lépidoptères, la fourrure grouillante ainsi pourvue du paresseux tend à témoigner de son incapacité à se débarrasser des indésirables. Sa paresse légendaire aurait-elle atteint un point de non retour ? Le paresseux pourrait-il devenir une branche « morte » de l’évolution ?

N'est pas paresseux qui veutLe mode de vie au ralenti si caractéristique du paresseux à trois doigts est dû à son régime exclusivement composé de feuilles. Pauvre en calories, son alimentation folivore lui confère un apport énergétique faible, d’où la nécessité pour notre paresseux d’économiser ses mouvements. Avec une vitesse maximale frisant la dizaine de mètres par minute, comment dès lors échapper aux prédateurs tels que l’aigle harpie ou le jaguar ?

Son immobilisme et la lenteur de ses mouvements se révèlent de véritables atouts face aux prédateurs dont la vue est basée sur la détection des mouvements. Son pelage est par ailleurs doté d’une capacité de camouflage qui est accentuée par la coloration « verte » provenant des algues le recouvrant. Mais ce n’est pas là le seul avantage de ces algues. Il semble qu’en les léchant,  notre bradype complète son menu de feuilles en les consommant et en absorbant leurs valeurs nutritives non négligeables.

Les poils de six centimètres de long du paresseux offrent une terre d’accueil parfaite aux organismes chlorophylliens, qui apprécient leur capacité à retenir l’humidité. De plus, les poils se fissurent en vieillissant, démultipliant ainsi les possibilités de « se loger » pour les algues vertes. Ces dernières y trouvent simultanément le gîte et le couvert, puisqu’elles absorbent pour croître les déchets azotés produits, entre autres, par le métabolisme des  Piralidés (papillons de nuit) qui cohabitent avec les algues dans la fourrure du paresseux.

Ces Piralidés, eux-mêmes installés confortablement et protégés par la densité de la fourrure, assurent leur pérennité en pondant leurs œufs  (leurs larves étant coprophages) dans les excréments du paresseux, enterrés avec effort et soin par ce dernier au pied de son arbre. La nouvelle génération d’insectes n’a plus qu’à remonter dans l’arbre et se réinstaller dans les poils du mammifère arboricole.

N'est pas paresseux qui veutN'est pas paresseux qui veut

C’est ainsi que notre paresseux entretient à moindre effort son « potager » personnel, renouvelant de manière cyclique un apport énergétique supplémentaire. Comme l’a découvert Jonathan N. Pauli, chercheur entomologiste de l’université de Madison (Wisconsin), et son équipe, un véritable mutualisme s’est instauré entre le paresseux tridactyle, les piralidés et les algues vertes, puisque chacun des partenaires retire un bénéfice de cette association singulière.

Loin d’être l’inadapté qu’il nous laisse croire, le paresseux à trois doigts est au contraire en parfaite osmose  avec son milieu de vie. Son inertie apparente et son indolence insolente cachent en fait une dynamique insoupçonnée d’échanges réciproques avec son environnement qui dévoilent sa parfaite intégration dans son biotope naturel. Non menacé d’extinction et doté d’une espérance de vie d’une trentaine d’années, le paresseux tridactyle n’est définitivement pas une « branche morte » mais témoigne au contraire de l’intérêt et de la nécessité  pour l’homme d’appréhender un être vivant en interaction avec la biodiversité de son environnement.

N'est pas paresseux qui veut

Sources :
http://www.lemonde.fr/
Espèces n°12
http://fr.wikipedia.org/

8 réponses à N’est pas paresseux qui veut

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