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Lorsque maître Corbeau tient en son bec une canette

Lorsque maître Corbeau tient en son bec une canetteEt si, pour une fois, le fromage n’était plus l’affaire du siècle pour maître Corbeau et ses semblables ? Et si ramasser les canettes vides abandonnées négligemment sur la voie publique par les humains peu soucieux de l’environnement pouvait devenir un moyen tout aussi efficace de remplir son estomac ? Un jeu d’enfant pour notre corvidé, étant donnés son intelligence et ses talents d’apprentissage

En 2013, Sébastien Audibert, Stéphane Cellier, deux étudiants en master d’écologie à l’université de Lille 1, ainsi que Charlotte Defolie, en possession d’un master d’éthologie de Paris 13 spécialisé dans l’apprentissage chez les oiseaux, leur en offrent l’opportunité dans un projet commun. Ayant remarqué que l’abondance des déchets qui jonchaient le sol du campus attirait nombre de corvidés (en l’occurrence des pies, familières des milieux urbains), ils ont l’idée d’exploiter les capacités cognitives de ces pies pour nettoyer le campus. Tout en rendant propre ce dernier, ils entendent démontrer par la même occasion, faisant ainsi d’une pierre deux coups, que les corbeaux, pies et autres corneilles ne sont pas aussi nuisibles que leur mauvaise réputation le laisse entendre.

Lorsque maître Corbeau tient en son bec une canettePour ce faire, ils élaborent une machine écologique et artisanale, faite avec les moyens du bord et fonctionnant à l’énergie solaire. Inspirée de la Crow Machine conçue par Joshua Klein en 2008, qui avait appris aux corbeaux à collecter les pièces de monnaie perdues en échange de cacahuètes, la Machine à Ecorvidés doit, dans un premier temps, permettre aux pies d’associer les canettes usagées à une récompense alimentaire, les croquettes pour chat dont elles raffolent. C’est la fonction de la mangeoire d’apprentissage sur laquelle sont disposées canettes et croquettes. Les pies apprennent dans un deuxième temps à faire tomber les canettes dans le réceptacle à déchets de la machine, qui commande alors l’ouverture de la mangeoire de récompense. Une fois le mécanisme assimilé par la pie, la mangeoire d’apprentissage disparaît et la pie va elle-même ramasser les canettes vides dans un périmètre dont le rayon s’élargit progressivement, pour les déposer dans le réceptacle et libérer les croquettes-récompense. Petit équipement en option indispensable, un détecteur de métaux, pour éviter que les corvidés ne trichent en introduisant autre chose dans le réceptacle à canettes, la tromperie étant un art dans lequel nos rusés partenaires excellent…

Lorsque maître Corbeau tient en son bec une canetteC’est, bien sûr, l’intelligence de la pie associée à sa longévité (une trentaine d’années) qui permet d’envisager le succès à long terme d’une telle machine. Car non seulement notre oiseau apprend vite et bien de l’homme, mais il apprend également vite et bien de ses semblables. Le savoir acquis se transmet donc d’un congénère à l’autre, et d’une génération à l’autre. En d’autres termes, il suffit d’un seul corvidé éduqué par l’homme pour que la chaîne se mette en branle…

Sébastien, Stéphane et Charlotte ont reçu le prix spécial du jury du concours Génération Développement Durable (organisé par l’ADEME et la revue La Recherche) pour leur projet original et innovant. Mais ensuite, ils ont pris leur envol et se sont éparpillés aux quatre vents. C’est leur professeur tuteur enseignant chercheur à l’université de Lille 1, Christophe Vieren, très enthousiaste, qui tente à présent de faire éclore le projet resté dans l’œuf. Il s’est attaché en particulier à démontrer sa « faisabilité », ce qu’il a réussi à faire en janvier 2015, lorsqu’au moins deux pies ont été filmées en train de mettre des canettes dans le réceptacle. L’une avait appris de l’autre.

Une fois les corbeaux, pies et corneilles ralliés à sa cause, reste à Christophe Vieren de convaincre ses semblables. Car il faut construire d’autres boîtes à écolorvidés », comme il se plaît à les appeler désormais, pour étendre géographiquement le processus, en milieu urbain (plutôt pies) comme en milieu rural (corneilles noires). Mais en dépit de ses appels et ses incitations, il semble que les fibres tant écologique qu’éthologique des collectivités susceptibles d’être intéressées par cette boîte à malice ne soient pas vraiment émoustillées pour l’instant. Un manque de curiosité scientifique, ou peut-être bien un vague sentiment de malaise ? Car éduquer des corbeaux ou des pies à trier nos déchets est, certes, une brillante démonstration de leur intelligence. Mais elle est aussi une non moins brillante exploitation de cette même intelligence, qui cache bien mal les limites de la tentative antérieure d’éducation des humains.

Lorsque maître Corbeau tient en son bec une canette

Sources :

https://fr.wikipedia.org/

http://www.20minutes.fr/

http://www.lavoixdunord.fr/

http://www.parismatch.com/

http://www.lavoixletudiant.com/

 

4 réponses à Lorsque maître Corbeau tient en son bec une canette

  • angelk dit :

    Il semble difficile de faire changer les mentalités. Les pies et autres corvidés sont considérés comme nuisibles, et à ce titre il est sans doute compliqué de les faire considérer comme utiles. J’ai été aussi étonnée qu’amusée que les pies aient tenté de tromper le système en insérant autre chose que les métaux prévus. Ce sont des malines ! 🙂

  • Christine dit :

    Le renard n’a qu’à bien se tenir tranquille !^^
    En captivité, on a observé des corvidés qui enterraient sciemment de la nourriture à un endroit, se sachant observés par un congénère, pour aller la déterrer et l’enterrer ailleurs dès que celui-ci avait le dos tourné…

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