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    Le parasitisme de couvée chez le coucou, un fléau ? (première partie)

    Le parasitisme de couvée, un fléau ? (première partie)Observer un bébé de coucou gris quémander à grands cris en ouvrant tout grand son gosier orangé insatiable, et observer le gros oisillon moucheté se faire nourrir par une mère adoptive trois fois plus petite que lui est certainement un spectacle que l’on n’oublie pas de sitôt.

    La vision d’une mère parfois obligée, pour lui donner la becquée, de monter sur le dos de son protégé qui est lui-même installé de manière instable au sommet d’un nid devenu bien trop petit pour lui, suggère l’idée d’une incongruité de la nature et d’un équilibre tout à fait improbable.

    Il y a comme quelque chose de bancal dans cette vision, qui montre un équilibre précaire menacé à tout moment d’écroulement.

    Le parasitisme de couvée, un fléau ? (première partie)

    Deux choses nous sautent aux yeux : l’absence totale de la mère biologique du bébé coucou qui parasite le nid d’un autre pour y abandonner son oeuf à peine pondu, et d’autre part, l’attitude incompréhensible de la mère adoptive qui consacre toutes ses forces à nourrir et élever ce « vilain petit canard » qui, en éjectant les autres oeufs du nid à l’aide de son dos puissant, à peine sorti de l’oeuf, a signé l’arrêt de mort de sa propre nichée.

    On a l’impression que ni l’une ni l’autre ne travaillent à la survie de sa propre espèce. Dans la mesure où le parasite semble opérer une destruction massive de l’hôte qui assure sa survie, on peut se demander si ce parasitisme de couvée ne conduit pas l’évolution dans une impasse qui condamnerait à terme les deux espèces.

    Après le traitement sans appel réservé à la nichée de l’accueillant, on pourrait s’attendre à ce que les hôtes très prisés comme les rousserolles effarvattes soient au bord de l’extinction. Or il n’en est rien. De fait, les rousserolles nichent deux fois dans l’année, et le coucou ne parasite qu’une de leurs couvées.

    Le parasitisme de couvée, un fléau ? (première partie)De même, la préservation de l’hôte n’entraîne pas de surpopulation chez le coucou gris. Voyant et bruyant, l’oisillon est très souvent la proie des prédateurs et beaucoup d’entre eux ne survivent pas à leur première année de migration.

    Le parasitisme de couvée du coucou gris ne semble pas plus préjudiciable à l’espèce hébergeante qu’elle ne semble favoriser celle qui parasite. Il semble qu’un point d’équilibre soit atteint.

    Le fléau de la balance qui régit les relations entre le parasite et son hôte se maintient non pas dans l’immobilisme, mais dans la tension réciproque. Pour parvenir au point d’équilibre, tout se passe comme si la pression de la sélection naturelle agissait par rééquilibrages successifs. Contrairement aux apparences, le parasitisme n’est pas synonyme de loi du moindre effort pour l’un et d’impuissance résignée pour l’autre. Les deux parties travaillent activement à la transmission de leur gènes dans la compétition, chacun travaillant à contrer l’autre, chacun cherchant à faire pencher la balance en sa faveur.

    Le parasitisme de couvée, un fléau ? (première partie)Pour que l’oeuf rapporté du coucou ait une chance d’être accepté et couvé par les parents adoptifs, il faut que ces derniers croient que c’est le leur. Le coucou gris a donc évolué au cours du temps en mettant au point une stratégie qui consiste à produire des oeufs mimétiques. Chaque femelle de coucou s’est spécialisée dans le parasitage d’une espèce particulière d’hôte, de manière à pondre des oeufs ressemblant à s’y méprendre à ceux de son hôte tant par leur taille que par l’aspect visuel de la coquille.

    En réponse à cette offensive, le passereau parasité va à son tour élaborer au fil du temps une parade pour déjouer la duperie optique. Tout en augmentant leur performance visuelle de manière à repérer la moindre défaillance de l’imitation, certains hôtes vont même jusqu’à rendre plus complexe le réseau de filigranes dessinés sur la coquille de leurs œufs pour rendre la fraude plus difficile et par là même sa reconnaissance plus aisée.

    Le parasitisme de couvée chez le coucou semble le théâtre d’une guerre sans merci où les deux protagonistes se livrent un combat à armes égales. Mais nous verrons, dans la suite de cet article, que sous la pression constante de leur adversaire, chacun doit faire appel à toutes ses capacités sensorielles (et non simplement visuelles) pour augmenter ses chances de survie face à un rival toujours plus performant.

    Le parasitisme de couvée, un fléau ? (première partie)

    Sources :

    http://fr.wikipedia.org/

    http://www.wildtier.ch/

    http://www.especes.org/

    Le Monde, 26 mars 2014

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